vendredi 23 juin 2017

Repose en paix

Tu as maigri, tu as changé… Pardon, mais… oui, tu as vieilli, peut-être ne t'aurais-je pas reconnu, si je t'avais croisé dans la rue.
Combien d'années n'ont-elles vu l'un des nuages orageux de nos bonheurs fulgurants ? Quatre, cinq, six… six ans, ce lundi de Pâques bouleversant où un hasard nous a réunis à des milliers de kilomètres de nos domiciles respectifs. Tu souris ? Non, les deux fossettes montent toujours la garde aux coins de tes lèvres. Celles-ci esquissent leur éternel sourire sous le reproche de tes yeux tristes qui semble les maudire. Un regard de chien. Ce chien des cartoons américains, dont j'ai oublié le nom, et qui traîne sa dégaine d'animal abattu en répétant à qui veux l'entendre qu'il est heureux… Un précurseur. Nous en sommes tous là… La vie fabrique le désespéré mais favorise le bien-portant, le bien-pensant et le bien-dans-sa-peau, alors, nous portons tous le masque de la pantalonnade en ayant celui de la tragédie collé aux os.

Je m'égare d'autant que de tes yeux je ne vois que du bleu, celui, léger, de ton fard à paupière.

J'aurai du sentir que quelque chose n'allait pas. Tu le sais, j'ai fêté mes 50 ans avant-hier et depuis le début de notre histoire, tu n'as jamais oublié. Non, même dans les moments où rien n'allait, tu n'as jamais oublié mon anniversaire. Depuis toujours, un coup de fil, une carte, un signe me rappelait que j'étais toujours présent dans tes pensées. Quelquefois, l’une des mises en scène dont tu as le secret me ramenait vers toi. Je n'ai jamais su si ces trouvailles étaient réfléchies, élaborées dans ce but précis ou si tu agissais par impulsion.
Il m'était agréable de penser qu'à plusieurs centaines de kilomètres de ma vie, une femme pensait à moi, invariablement, au moins une fois par an, à la même date. Les années où ma solitude avait compagne, je te maudissais de me rappeler que les meilleurs moments de mon bonheur n'égalaient pas certains que nous passions ensemble. Parfois, lorsque je me trouvais entre les pages d'un récit plus fort, je regardais avec ironie tes gesticulations. Je le regrettais amèrement quand mourraient, souvent de ta main, ces histoires éphémères.

Cette année, rien, pas un mot… Cela ne m’a pas frappé immédiatement. Tout au plus, manquait quelque chose au paysage de la journée…

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