Tu
as maigri, tu as changé… Pardon, mais… oui, tu as vieilli,
peut-être ne t'aurais-je pas reconnu, si je t'avais croisé dans la
rue.
Combien
d'années n'ont-elles vu l'un des nuages orageux de nos bonheurs
fulgurants ? Quatre, cinq, six… six ans, ce lundi de Pâques
bouleversant où un hasard nous a réunis à des milliers de
kilomètres de nos domiciles respectifs. Tu souris ? Non, les deux
fossettes montent toujours la garde aux coins de tes lèvres.
Celles-ci esquissent leur éternel sourire sous le reproche de tes
yeux tristes qui semble les maudire. Un regard de chien. Ce chien des
cartoons américains, dont j'ai oublié le nom, et qui traîne sa
dégaine d'animal abattu en répétant à qui veux l'entendre qu'il
est heureux… Un précurseur. Nous en sommes tous là… La vie
fabrique le désespéré mais favorise le bien-portant, le
bien-pensant et le bien-dans-sa-peau, alors, nous portons tous le
masque de la pantalonnade en ayant celui de la tragédie collé aux
os.
Je
m'égare d'autant que de tes yeux je ne vois que du bleu, celui,
léger, de ton fard à paupière.
J'aurai
du sentir que quelque chose n'allait pas. Tu le sais, j'ai fêté mes
50 ans avant-hier et depuis le début de notre histoire, tu n'as
jamais oublié. Non, même dans les moments où rien n'allait, tu
n'as jamais oublié mon anniversaire. Depuis toujours, un coup de
fil, une carte, un signe me rappelait que j'étais toujours présent
dans tes pensées. Quelquefois, l’une des mises en scène dont tu
as le secret me ramenait vers toi. Je n'ai jamais su si ces
trouvailles étaient réfléchies, élaborées dans ce but précis ou
si tu agissais par impulsion.
Il
m'était agréable de penser qu'à plusieurs centaines de kilomètres
de ma vie, une femme pensait à moi, invariablement, au moins une
fois par an, à la même date. Les années où ma solitude avait
compagne, je te maudissais de me rappeler que les meilleurs moments
de mon bonheur n'égalaient pas certains que nous passions ensemble.
Parfois, lorsque je me trouvais entre les pages d'un récit plus
fort, je regardais avec ironie tes gesticulations. Je le regrettais
amèrement quand mourraient, souvent de ta main, ces histoires
éphémères.
Cette année, rien, pas un mot… Cela ne m’a pas
frappé immédiatement. Tout au plus, manquait quelque chose au
paysage de la journée…
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